Après avoir quitté WEIMAR, traversé MAYENCE, BINGEN TRÊVES, GREVENMACHER, GOETHE arrive à LONGWY, où d'emblée il constate les effets de la révolution dans les affrontements entre les Jacobins et la cohorte d'émigrés, et le comportement quelque peu décalé parmi ceux-ci, des femmes de la noblesse qui suivaient, en regard de la situation tragique qui se présentait.
L'état des routes commençaient aussi à se détériorer en raison des fortes pluies.
8 – 1 : C'est en arrivant à LONGWY que Goethe commence à ressentir les effets de la révolution ; guerre entre les nobles et les Jacobins. Les conditions météorologiques devenant de plus en plus insupportables.
27 août 1792 En parallèle au siège de LONGWY, les troupes Prussiennes commencent à se rassembler à PRAUCOURT, petit village situé légèrement en hauteur sur un vaste plateau. GOETHE aura pour mission de rejoindre les troupes du Duc de Saxe à LONGWY
PRAUCOURT - Hameau de l'arrondissement de Briey, à 10 km de Longwy.
Goethe découvrit là l'armée prussienne qui lui fit une mauvaise impression. Il n'y avait ni sentinelles, ni poste ni personne qui demande les laisser-passer. On se perdait à travers un désert de tentes. Le sol humide profondément labouré était mauvais pour les chevaux et les voitures. L'écrivain fut frappé par l'inhumanité et l'incohérence de cette situation. Le temps effroyable amenait chacun à chercher un misérable abri.
Quand Goethe réussit à retrouver le régiment du duc de Weimar avec ses quelques compagnons, tous se réjouirent de se retrouver entre visages connus.
Goethe écrit : "je dus alors remarquer par moi-même et entendre dire que la situation du camp était encore pire que le maître de poste ne me l'avait dit. »
"… La pluie faisait déborder un fossé qui, creusé en des temps immémoriaux, devait détourner l'eau des champs et des prairies. Mais ce fossé, en un clin d’œil, était devenu le réceptacle de toutes les ordures et de tous les déchets. Il débordait, entraînant la dispersion des immondices au milieu des tentes."
C'est dans ces circonstances que Goethe se réveilla, le jour de son anniversaire, le 28 août, il avait 43 ans.
Le camp de PRAUCOURT fut levé le 29. Bien ordonné sous la surveillance du Roi de PRUSSE et du Duc de BRUNSWICK, les troupes avancèrent sur des chemins meilleurs et Goethe quitta sa calèche pour monter seul à cheval, s'échappant ainsi de l'incommodité à suivre la troupe. Ils traversèrent Arrancy-sur-Crusne.
Là encore il vit les effets de la révolution française en découvrant l'Abbaye de CHÂTILLON, en ruines. Propriété ecclésiastique qui avait été vendue par des révolutionnaires. Ses murs éventrés en partie renversés et détruits. Premier indice important de la révolution aux yeux de Goethe.
Il s'interrogea également sur le comportement du Roi de PRUSSE envers le Duc de BRUNSWICK, tous deux rivaux sur la conduite à tenir dans cette bataille, le premier téméraire avançant "telle une comète" et le second plus disposé à observer. Lequel serait supérieur et déciderait en cas douteux ? Question qui inquiétait Goethe ; le temps dira plus tard qu'il avait raison.
De leur campement ils entendaient la canonnade de THIONVILLE, où se trouvait CHATEAUBRIAND.
L'environnement est agréable le soleil brillait enfin et l'ombre des arbres fut un premier réconfort. Les broussailles à brûler pour le feu des cuisines ne manquaient pas, et un petit ruisseau coulait au bord de la clairière, bêtes et gens purent en profiter mais le souillèrent en même temps…
À cet endroit le ruisseau formait de petits bassins et notre écrivain s'empressa de s’en approprier un, le défendant avec opiniâtreté en le faisant entourer de pieux et de cordes. Goethe s'attira les protestations bruyantes de gens qui voulaient le partager avec lui.
Les troupes qui avançaient ne réquisitionnaient pas, elles faisaient des emprunts forcés. Des bons avaient été imprimés que le commandant avait signé, et le porteur les remplissait selon ses besoins et toujours Louis XVI paierait… Provoquant l’inverse de ce que recherchait cette alliance, car c'est pratique excédait de plus en plus le peuple français contre le roi.
A DAMVILLERS, si GOETHE n'a pas réalisé d'écrits,
Un peu d'Histoire
Ainsi donc, Prussiens et Autrichiens, et une partie de la France (les émigrés), continuaient de marcher au nom de Louis XVI, et ne faisait qu'exaspérer le peuple contre la royauté.
Bien que la France n’ait déclaré la guerre qu’à l’Autriche, la Prusse s’était jointe pour soutenir son allié en vertu de la Convention de Pillnitz, signée le 27 août 1791, était une déclaration conjointe du Saint-Empire romain-germanique représenté par l'empereur Léopold II et du Royaume de Prusse représenté par Frédéric-Guillaume II. Elle avait pour but d'affirmer le soutien au roi Louis XVI alors en difficulté face à la Révolution française.
Signalons dans les personnalités natives de la commune le peintre Jules – Sébastien LEPAGE et sa statue faite par le sculpteure RODIN.
Naissance également de : Etienne Maurice GÉRARD, général de NAPOLÉON 1er puis maréchal de France sous LOUIS-PHILIPPE.
« La contrée était déserte et cette solitude absolue ne laissait pas d'être inquiétante. Montant et descendant dans les collines nous avions ainsi traversé Mangiennes, Damvillers, Wavrille et Haumont, autant de villages de l'arrondissement de Montmédy, lorsque sur une hauteur d'où on avait une belle vue, un coup de feu partit des vignes sur notre droite. Les hussards y courent pour fouiller des environs immédiats. En fait ils ramenèrent un homme barbu aux cheveux noirs qui avait l'air passablement sauvage et sur lequel on avait trouvé un mauvais pistolet de poche. Il dit d'un air insolent qu'il chassait les oiseaux de sa vigne et ne faisait de mal à personne. Le commandant, après un instant de réflexion silencieuse, pendant lequel il examina ce cas on le rapprochant des ordres modérés qu'il avait reçus, fit relâcher le prisonnier qui pouvait tout craindre, se contentant de lui faire donner quelques coups de plat de sabre. Le drôle les empocha et s’enfuit si précipitamment qu'il n’eut pas le moins du monde l'envie de ramasser son chapeau que nos gens lui avaient jeté après, en poussant les grands cris de joie »
Une jeune fille égarée, rendue à sa famille
La troupe avançait calmement, en bon ordre, GOETHE était entouré de quelques personnes qui suivaient l'armée et formaient une petite société autour de l'écrivain.
Se dirigeant vers VERDUN, ils firent une rencontre agréable. Un jeune garçon dans sa charrette cachait une jeune fille voulant se sauver à l'écart chez des amis plus éloignés et, ils se retrouvèrent entourés de nombreux cavaliers, car il s'était jetés dans "la gueule du loup" en se trompant de direction. Après avoir assuré à la jeune personne qu'elle ferait bien de s'en retourner , le commandant la ramena, rassurée, 2 hussards à ses côtés vers son lieu de domicile à SAMOGNEUX où la troupe fut applaudie.
« Comme nous poursuivions notre route nous fîmes une rencontre aussi singulière qu’agréable, qui excita l'intérêt général. Deux hussards amenaient, en remontant la pente de la colline, une légère voiture à deux roues attelées d'un seul cheval. Quand nous demandâmes ce qu'il pouvait y avoir sous la bâche, nous vîmes un garçonnet d'environ une douzaine d'années qui conduisait le cheval et une jeune fille, ou une jeune femme, d'une beauté merveilleuse, qui se pencha hors de son coin pour voir les nombreux cavaliers qui entouraient son abri à deux roues. Nul ne resta indifférent mais nous dûmes abandonner le soin de s'occuper activement de la belle un notre sentimental ami qui, du premier moment où il eut considéré de plus près le misérable véhicule, éprouva le besoin impérieux de lui porter secours. Nous nous retirâmes à l'arrière-plan, mais lui s'informa minutieusement de tous les détails. Il se trouva que la jeune personne, habitante de Samogneux, village de la rive droite de la Meuse dans l'arrondissement de Verdun, dans l'intention de fuir le danger imminent, en se retirant à l'écart chez des amis éloignés, s’était justement jetée dans la gueule du loup. C'est un fait commun que dans ces cas angoissants comme ceux-ci, l'homme s'imagine qu'il sera mieux partout ailleurs que là où il est. Nous fûmes unanimes à lui représenter de la façon la plus aimable qu'elle devait s'en retourner. Notre chef lui-même, le commandant qui avait commencé par flairer un cas d'espionnage, finit par se laisser convaincre par la chaude éloquence de notre ami. Elle fut ramenée par deux honnêtes hussards, quelque peu rassurée jusqu'à son village, lequel fut traversé par la troupe dans un ordre irréprochable et une discipline qui les firent saluer amicalement par les villageois et la belle, debout sur un muret, au milieu des siens. Elle avait repris confiance en l'avenir, son aventure se terminant de façon agréable. »
La troupe s'approchant de VERDUN établit son campement près du village actuel de BRAS-sur/MEUSE. C'est là que GOETHE près d'un bassin en entonnoir évoque la théorie des Couleurs et son traité d'Optique.
Il trouve agréable la situation géographique de la ville de VERDUN, entourée de prairies et traversée par la MEUSE.
GOETHE regardant, d'un regard circulaire, les troupes autour de lui installer leur campement, il vit quelques soldats auprès d'un bassin, éboulis en forme d'entonnoir, plein d'une eau transparente avec d'innombrables petits poissons qu'ils pêchaient avec des lignes improvisées...GOETHE remarqua dans leurs mouvements des changements de couleurs, l'explication vint en voyant, tombé dans cet entonnoir, un débris de poterie qui présentait de belles couleurs prismatiques, se montrant bleue et violette sur un bord et rouge et jaune sur le bord opposé.
Cette expérience s'inscrira dans son traité sur la "Théorie des Couleurs"
Les bombardements commencèrent à minuit et bientôt embrasèrent un quartier de la ville.
Pendant ce temps GOETHE qui rencontra le Prince de REUSS XI , s'entretena de la doctrine des couleurs, tout à son observation du matin à Bras-sur-Meuse, sans se laisse troubler par les boulets et les globes de feu.
Plus loin ce fut une observation et une confusion en apercevant sur un muret blanchâtre une bordure vert clair, tout pareil au jaspe… mais vu de près ce n'était que du pain moisi, que les soldats avaient collé au mur car immangeable !
Le matin du 31 août le Duc de WEIMAR lui présenta l'aventureux "GROTHAUS", officier prussien dont GOETHE avait fait la connaissance à WEIMAR en 1779. Celui-ci fut chargé de porter à VERDUN une sommation, accompagné d'un trompette-major. Cette mission mérite d'être rapportée :
«GROTHAUS avançait à cheval par la grand-route, le trompette devant lui et 2 hussards derrière lui. Les gens de VERDUN, des sans-culottes, lui tirèrent des coups de canon ; on attacha un mouchoir blanc à la trompette, en donnant l'ordre de sonner plus fort. Un détachement vint le chercher et le conduit seul, les yeux bandés ; ses discours ne produiront aucun effet, car il reçut un refus de se soumettre.
Après 3 jours de siège la ville se rendit, le commandant BEAUREPAIRE voyant sa ville brûlait par endroit, et, c 'est aussi sous la pression des bourgeois aux abois,, Ce geste l'amena à se suicider dans un exemple de dévouement envers sa patrie.
Conquête rapide de VERDUN, laissant penser aux troupes que la suite serait de même.
Pendant que l'écrivain est encore tout à sa Théorie des Couleurs, à VERDUN le Commandant BEAUREPAIRE signe la reddition de la ville pour épargner sa destruction à la suite de quoi, il se suicida. Ses hommes transportèrent son corps jusqu'à Sainte Menehould où il fut enterré à l'Est au pied de l'église du Château,
Siège rapide laissant présager aux troupes prussiennes que cette guerre serait sans doute courte dans sa durée.
Une fois la ville de Verdun tombée, les troupes s'installèrent tout au long de la route en direction de Paris. A Thierville, au lieu-dit "Jardin Fontaine", Goethe rejoint le bivouac des troupes du Duc de Saxe Weimar. Plus loin, le Duc de Brunswick s'installe à Regret et le Roi de Prusse à Balaycourt.
C'est au total près de 40.000 hommes qui investissent cette petite vallée de la Scance à l'Ouest de Verdun.
Avant de quitter VERDUN, GŒTHE et ses compagnons firent provision d'une liqueur appelé «Baume Humain» qui ragaillardissait, de même des dragées, spécialité qui existait déjà. La dernière soirée fut festive, réception avec des jeunes filles – à la destinée tragique – tenant d'agréables discours, fleurs et fruits en abondance. Repas copieux.
Après quelques repos, direction MALANCOURT.
Ils trouvèrent les caves vides et les cuisines abandonnées dans des maisons que GŒTHE trouva bien rangées et paisibles, regrettant de venir troubler leur tranquillité. C'est là qu'ils apprirent que le roi, fougueux, était parti sans manteau, sans surtout, malgré une pluie épouvantable, obligeant les princes de la famille royale à le suivre en renonçant à tout vêtement propre.
«La guerre est comme une mort anticipée, rendant tous les hommes égaux, abolissant toute propriété, menaçant de fatigue et de dangers les plus augustes personnages», écrira GŒTHE.
PANNEAU 6 : Fin de séjour festif à VERDUN.
Manifestation de la témérité du Roi de Prusse ; déclaration citée plus haut.
La Forêt d'ARGONNE – THERMOPYLES - devenue une frontière naturelle par sa densité permettant d'être le refuge de brigands et seulement des forestiers s'y aventuraient car connaissant le terrain ! Arrêt stratégique nécessaire avant de s'aventurer
Quittant BUZANCY, sortie des dangers les plus prenants, la troupe remonta la rive gauche de la Meuse puis franchit celle-ci pour prendre la route des PAYS-BAS qui mène à VERDUN .
Arrivée dans la vallée de la Meuse, à CONSENVOYE, un campement fut installé. Le malaise et la souffrance étaient au comble ; les tentes trempées, la faim tenaillant avec la fatigue, dormir fut le meilleur soporifique.
A VERDUN on pensait retrouver cette ville avec le même accueil qu'à l'aller et ainsi reprendre des forces. Malheureusement il n'en fut rien, il a fallu repartir presqu'aussitôt.
Entre temps, la "dormeuse" du Duc arriva, elle avait recueilli un jeune gentilhomme du régiment, ainsi que le valet de chambre du Duc, malades tous les deux, le prince les ayant sauvé du lazaret de GRANDPRÉ et le camérier WAGNER chargé de les soigner, il offrit à GŒTHE, une 4ème place, qu'il prit sans hésitation.
Note d'Histoire : C’est au cimetière allemand de ce village que le président français François MITTERAND, et le chancelier allemand Helmut KHOL, se sont rencontrés le 22 décembre 1984.
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Tous, cavaliers et piétons cherchaient à se sauver par n'importe quel chemin, n'importe quel moyen, traversant des prés inondés et des fossés débordants. Certains chevaux dépecés, mettaient en évidence la preuve d'une disette générale.
Un homme, nommé LISEUR, leur servit de guide, dans cette marée humaine. Les attentions de ce guide leur permirent d'arriver jusqu'à la place de la ville d'Etain que notre écrivain trouvait jolie, et d'y trouver une belle maison sur la place du marché. Le maître de maison et sa femme les accueillirent en les saluant respectueusement, mais restant réservés .
GŒTHE se voyant dans une glace, fut honteux de sa tenue , les cheveux longs et mal coiffés et une barbe inculte lui donnant des airs de sauvage !
Des fenêtres de cette maison GŒTHE voyait une foule très dense, des voitures chargées de bagages, des centaines de chevaux réquisitionnés, se heurtant, se bousculant, des bêtes à cornes.
«C'était comme un torrent qui vient de déborder et qui doit continuer sa course par l'arche étroite d'un pont et dans un lit resserré» écrira-t-il.
Cependant on leur avait préparé un bon repas : Gigot, bon vin, bon pain en abondance. A côté d'un grand tumulte, ce fut un moment de repos admirable dira encore l'écrivain…. Avant de reprendre leur triste chemin du retour.,
PANNEAU H :
ÉTAIN se présente comme un point stratégique laissant apparaître le revers de cette guerre, par des situations tragiques, où l'homme et l'animal sont liés par une même destinée funeste, où le chacun pour soi devient la règle de conduite, et où la moindre manifestation de charité semble miraculeuse.
Note d'Histoire : A voir en l'Église Saint-Martin, une piéta du sculpteur LIGIER RICHIER, vers 1560.
ÉTAIN est également la capitale de la POUPÉE, qui a son musée.
En arrivant à SPINCOURT, GŒTHE , ses compagnons et des hussards se mirent en quête de trouver à se loger. L'habile et officieux LISEUR lui procura un abri, en même temps que 2 officiers allemands, aussi GŒTHE se retira dans la "dormeuse" qu'il avait retrouvé, dont le timon, était tourné cette fois vers l'ALLEMAGNE, et s'endormit bien vite.
Le jour suivant, paru encore plus triste que la veille. Des fourgons fracassés laissaient apparaître des objets, vêtements, dans les prés ou au bord des routes, excitant la convoitise des passants.
13 octobre 1792
Ce cher LISEUR, leur fit prendre une meilleure route pour arriver à LUXEMBOURG et le conduit à ARLON où il avait de la famille qui les accueillit tous avec affabilité et de bonnes manières. Ils tombèrent également sur deux voitures hautes et longues, la curiosité les incita à demander ce que c’était. Réponse : c’était dans ces voitures que l'on fabriquait de faux assignats pour les émigrés.
Très surpris ils purent continuer la route d'ARLON, jusqu'à LUXEMBOURG par une excellente chaussée, sans être arrêtés ou questionnés.
Dans une lettre datée du Luxembourg, Goethe écrit : « Cette retraite fera, au titre d'une des plus malheureuses campagnes qui aient été faites, une triste figure dans les annales du monde… C'est maintenant que je me suis reposé, que je me sens brisé, rompu de corps et d'âme. »
La campagne de France s’achève là… !!!